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Contribution d’une prise en charge psychologique dans le traitement de l’obésité.

L’obésité est une maladie chronique, complexe et multifactorielle. En effet, la prise en charge en est longue, parfois très longue. Elle doit être globale car elle envisage la personne dans son intégralité, mais aussi pluridisciplinaire car différents intervenants sont concernés.

Le rôle du médecin généraliste est primordial car il articule les différents maillons du processus de soins et en garantit la cohérence. Placé en première ligne, c’est lui qui évalue le patient dans sa globalité et le réfère vers un mode d’intervention approprié, à la fois médical et paramédical. Très important sont les intervenants nutritionnistes, endocrinologistes, chirurgicaux, et psychologiques, mais d’autres peuvent être requis en fonction du profil individuel du patient. Ensuite, c’est le médecin généraliste qui centralise les données de la mise au point, transmet les informations nécessaires aux différents intervenants, discute des options thérapeutiques, assure une partie du suivi des traitements, et surtout, c’est lui qui reste, au long terme, à l’écoute du patient afin de constamment réévaluer son projet thérapeutique.

C’est dans cette étroite collaboration que s’inscrit le rôle du psychologue. Il ne s’agit pas de s’atteler à l’excès pondéral en lui-même, mais au vécu qui s’y rattache. Celui-ci (soumission, passivité, honte, tristesse, colère…) est lié à l’histoire personnelle de l’individu, à la façon dont il a construit le rapport à son corps et à son intimité, mais aussi au regard des autres. A côté d’autres facteurs déterminants (génétiques, hormonaux, médicaux…), ses comportements reposent effectivement sur des schémas intérieurs, construits précocement, qui participent au rapport pathologique avec la nourriture et avec son corps (se remplir, combler un vide, oublier, se consoler…). Avec le temps, les fonctions premières de l’alimentation (manger pour vivre) sont déplacées sur un mode largement compensatoire (vivre pour manger).

Le vécu dans l’obésité est individuel, mais aussi relationnel (conjugal, familial, social…) et ce qu’il véhicule détermine le niveau de souffrance. Les entretiens psychologiques doivent permettre de prendre conscience des difficultés éprouvées et d’élaborer avec le patient ce qui lui permettra de les surmonter. Ce cheminement sera différent pour chacun en fonction de son tempérament, de ses capacités d’élaboration psychique et de la force de sa motivation.

Dans ce contexte, I’approche de l’obésité ne peut pas être standard. Il s’agit au contraire d’une aide individuelle et singulière pour trouver des solutions propres et surmonter les frustrations ou les échecs.. Pour cela, la personne devra définir elle-même son problème, au-delà du nombre de kilos à perdre, et trouver les ressources nécessaires à la gestion de son problème de poids.

Cela implique un travail de longue haleine. En effet, il y a le temps de la phase initiale de l’évaluation et du diagnostic, celui du cheminement psychique, du soutien dans le maintien de la réussite mais aussi éventuellement celui des rechutes et du découragement. Il est important d’insister sur le fait que la volonté seule ne suffit pas à résoudre un problème de poids. Il est indispensable qu’elle soit alimentée par un désir de changement, la conviction intérieure profonde et renouvelée que l’enjeu et l’effort en valent la peine car la qualité de vie en sera meilleure. En effet, la restriction alimentaire, quels que soient les types d’intervention utilisés pour la provoquer (chirurgie, endocrinologie, régimes diététiques…), ne peut se soutenir dans la frustration et un état d’esprit de privation permanente.

En résumé, quelle peut être la contribution d’une prise en charge psychologique dans le traitement de l’obésité ?

D’abord, un espace confidentiel, ouvert et bienveillant où la personne peut s’exprimer sans retenue, sans honte et sans tabous au sujet des pulsions puissantes et récurrentes qui l’ont amenée à devenir obèse. Ensuite, faire émerger un déplacement de ces pulsions vers d’autres issues pour les assouvir.

Leur simple répression par la volonté ne fonctionne pas. La personne a besoin d’aide pour identifier l’origine de son surpoids (stress, situation familiale, sociale, enfance…) et entretenir sa motivation dans l’effort.

Elle devra aussi faire le deuil de l’idée que l’amaigrissement durable lui donnera la clef absolue de la facilité et du bonheur et lui épargnera de se remettre chaque jour à l’ouvrage…

La fonction du psychologue est également essentielle dans le diagnostic du type de personnalité afin de choisir la forme thérapeutique la plus adaptée. Il s’agira d’identifier, le cas échéant, des troubles de personnalité plus spécifiques et pathologiques pouvant entraver le déroulement du traitement. Par exemple des raptus boulimiques excluront une approche chirurgicale, des affects dépressifs significatifs et indépendants du facteur obésité pourront nécessiter un soutien médicamenteux. Dans une vision systémique et plus interpersonnelle, une relation conjugale difficile orientera vers des entretiens avec les deux conjoints pour comprendre ce qui, dans la dynamique de couple et familiale, peut entretenir les comportements à l’origine de l’obésité. Ou encore, telle personne se prêtera mieux à une approche psychologique de type comportementale et cognitive tandis qu’une autre bénéficiera davantage d’une écoute plus neutre et attentive aux éléments inconscients de sa personnalité.

Dans tous les cas, la prise en charge de l’obésité est à la fois personnelle, différentielle et multiple. Il s’agit de tisser un réseau autour de la personne qui réponde de manière adaptée et spécifique à ses besoins pour la réussite du processus d’amaigrissement. Dans ce contexte, l’approche psychologique en constitue le maillon le plus subjectif et pourtant indispensable à la stabilisation au long terme du patient obèse.

Dr Dupont Florence
Responsable
«psychologie et comportement»
0478/51.32.32

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